À l’occasion de la sortie de « Pleasure Zone », Michele aka Rhythm of Paradise nous a accordé quelques minutes pour échanger sur ses projets musicaux, influences, le label Cosmic Rhythm et son enfance. Une première interview, après dix ans de silence, d’un des piliers du revival Dream House actuel.

Cette interview a été réalisée en collaboration avec la la webradio bordelaise Ola Radio, qui accompagne la lecture de l’article avec une mixtape de Rhythm of Paradise, parfaitement taillée pour l’occasion.

Bonne écoute, et bonne lecture ! 

Salut Michele, tu sors ton 7ème EP “Pleasure Zone” sous Rhythm Of Paradise, chez Cosmic Rhythm le 17 avril. Dans quel état d’esprit as-tu conçu celui-ci ?

Le premier morceau, « In My Mind », date de 2018 et a été conçu lorsque je composais mon précédent EP « Universe of Love » pour le label Cosmic Rhythm. À cette époque je voulais transposer une certaine idée et esthétique que j’avais en tête. Les deux morceaux « Pieces of A Dream » et « Pleasure Zone » ont été conçus l’un après l’autre, dans une ambiance assez similaire, quelques mois après la sortie de « Universe of Love ». Le quatrième titre, « Bring The Back », qui clôture l’EP, date de 2015. Je l’ai retrouvé par hasard dans mon ancien disque dur et il s’avère qu’il colle parfaitement aux sonorités que je voulais donner pour finir le disque. Dans un certain sens, ce nouvel EP « Pleasure Zone » peut être perçu comme une pièce complémentaire à mon EP « Universe of Love », deux ans plus tard.

Ta discographie est particulièrement dense, tu es hyper productif. De quelle manière tu organises tes sessions studio ? Comment travailles-tu ?

Je ne me fixe aucune règle concernant le temps que je passe en studio ou en dehors. Lorsque j’ai de l’inspiration ou des idées claires sur ce que je veux faire, je me mets à fond dedans et commence mes sessions. Cela peut durer plusieurs minutes comme des heures. D’un autre côté, ça m’arrive de ne pas rentrer dans mon studio pendant des jours. J’essaye de trouver le juste milieu.

Concernant mes sorties, un grand nombre de celles-ci sont, en réalité, des morceaux ou des pièces sur lesquelles j’ai travaillés auparavant. Je les laisse de côté pendant un moment puis je me remets dessus plus tard. C’est le cas notamment de « Paradise » mon premier EP en tant que Rhythm of Paradise, sorti en 2016 sur Cosmic Rhythm. Cet EP date de 2009, mais j’ai préféré attendre le bon moment pour le sortir. Je tenais à le sortir sur le label de mon ami Nico (Cosmic Garden). Je trouvais ça plus cohérent et ça me tenait à cœur.

En résumé, j’écris mes compos lorsque l’envie m’en prend, puis j’essaye de prendre du recul sur celles-ci : décider de garder certaines parties, en enlever d’autres, etc. C’est une méthode de travail très spontanée, finalement.

Rhythm of Paradise est un de tes nombreux alias et projets musicaux (B.U.M., D38 Authority, KETAMA, Loss Of Gravity, Raw Joints, Rydm Sectors, The Evidence, XPRESSION). Quelle est ton intention derrière tous ces projets ?

La plupart de mes projets, hormis The Evidence, sont le fruit de mes collaborations avec mon ami Cosmic Garden. Chaque projet représente une humeur, une esthétique et direction musicale. Tous ces projets sont nés lorsque l’on créait et pensait les projets ensemble. Ils représentent et contiennent tous des souvenirs particuliers, liés à une certaine époque. En réalité, comme je peux le faire pour mes projets solos, le plus difficile est d’attribuer chaque esthétique à chaque alias correspondant. C’est une façon de faire que je ne peux pas vraiment expliquer. Cela peut paraître stupide, mais pas pour moi. Au final, cela revient à parler dans différentes langues avec mon ami Nico. On exprime nos différents projets à travers plusieurs langages musicaux. Ça prend du sens pour nous d’avoir tous ces « différents langages » en fait.

Tu es originaire de Bari, dans le sud de l’Italie. Quelle était l’ambiance musicale à la maison et plus généralement à Bari pendant ton enfance ? Qu’est-ce que tu écoutais en tant qu’ado ?

Bari est ma ville natale, une ville unique, l’endroit idéal pour vivre, malgré la situation actuelle. Toute ma musique puise ses influences dans Bari : son parfum, son ambiance idyllique la mer, le soleil quasiment toute l’année. Dans mes plus lointains souvenirs, je me souviens surtout que ma mère se plaignait sans cesse de la radio qui ne diffusait que les hits du moment.

C’est lors de mon adolescence que j’ai découvert la musique électronique et la dance music, par le biais de Radio Italia Network, surement la meilleure radio italienne de tous les temps. Elle diffusait de la musique électronique, 24h/24h, 7jours/7. À l’époque, j’enregistrais tout moi-même sur des cassettes. Une époque fantastique.

"Le fait d’avoir grandi à Bari et d’être Italien ont joué un rôle fondamental dans mon éducation musicale et ont cultivé mon attrait pour cette musique"

Port de Bari

Peux-tu me raconter des premières expériences en club ?

Par chance, quand j’avais 14- 15 ans, mes oncles travaillaient dans un des meilleurs clubs de la région, le Divinae Follie. Ce club fait partie de mes plus beaux souvenirs. Avec la complicité de mes oncles, je réussissais à me faufiler à l’intérieur. J’y ai passé des tonnes de soirées, caché derrière le booth à écouter les meilleurs DJs américains et italiens toute la nuit. De supers souvenirs.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de te plonger dans la musique ? Un instrument, un premier disque, une rencontre ?

J’ai toujours eu la chance d’être immergé dans un environnement musical. Toutes ces soirées passées à écouter ces artistes géniaux ont évidemment influencé mon attrait pour la musique. J’ai commencé à acheter des disques et à mixer vers mes 13 ans, on était au début des années 2000. J’achetais principalement des vinyles de house et dance music, et même si c’est un style que je ne joue quasiment plus, ce fut très formateur de travailler cette approche du mix. C’est ce tout, ce gout pour la musique des autres, qui m’a forcément donné envie de créer ma propre musique.

Concernant les instruments, je n’en joue pas vraiment mais cela ne m’empêche pas de faire fonctionner mes synthés en studio et de laisser la magie opérer !

"Don Carlos est une sorte de mythe pour moi, jamais je n’aurais imaginé produire un disque avec lui !"

La plupart de tes sorties semblent directement inspirées par le son italien de la fin des années 80, début des années 90. Eprouves-tu une certaine nostalgie de cette période ?

En plus de tous les enregistrements radio que je gardais en casette, mon oncle me ramenait des tonnes d’autres cassettes. Des enregistrements de soirées de la Riviera Romagnole, sur la côte Adriatique. C’est à cette endroit qu’il y avait les plus grands clubs et que les plus belles soirées se déroulaient. Tous les meilleurs DJs de l’époque s’y produisaient. J’ai vraiment grandi avec cette musique, véritable bande originale de l’Italie des années 90. Cela fait partie de moi.

À Bari et en Italie plus globalement, ce son est intimement lié à ma génération. C’est cette musique que l’on retrouvait dans les clubs et que les légendes de la House de l’époque jouait lorsque l’on était ados. C’est évident, cela s’entend à travers mes compositions, la deep house et l’italo-house m’ont singulièrement influencées. Je suis tout de suite tombé amoureux de ces styles qui me fascinent toujours autant.

Le fait d’avoir grandi à Bari et d’être Italien ont joué un rôle fondamental dans mon éducation musicale et ont cultivé mon attrait pour cette musique. Cependant, on ne peut pas stéréotyper : plein d’artistes anglais, néerlandais ou allemands jouent et produisent ce type de musique tandis que des artistes italiens font de la techno et de l’électro !

Il n’est pas question de nostalgie, et encore moins de plagiat par rapport à cette musique. C’est juste un processus spontané qui m’amène à produire ce style-là. Je ne l’explique pas vraiment en fait. Lorsque je suis en studio, la musique que je compose représente instinctivement les émotions qui me traversent

Rimini (Riviera Romagnole)

De même, la plupart des titres choisis pour tes alias, EPs et morceaux semblent être des clins d’œil directs à cette période.

J’attache une importance toute particulière aux noms de mes morceaux comme à ceux de mes différents alias. Comme je te disais, chacun représente mon état d’esprit lorsque que je créé un morceau ou bien l’esthétique musicale qui va avec l’alias. Dans les années 90, ces mots traduisent des émotions. C’est ce que je fais en les sélectionnant attentivement.

Tu es un ami proche de Nico (Cosmic Garden), le boss de Cosmic Rhythm. Dans quelle mesure es-tu impliqué dans le label ? Artistiquement et personnellement.

A la base, Nico est le fondateur de Cosmic Rhythm et le principal gérant. Naturellement je suis devenu parti intégrante du label, de par les nombreux projets réalisés quasi-exclusivement pour Cosmic Rhythm en solo ou en collaboration avec Nico. Aussi, généralement nous discutons et nous confrontons nos points de vue sur les futurs projets du label.

Personnellement, je ne peux que remercier Nico, non pas pour l’encenser mais parce que Nico a été et est toujours un moteur pour moi. Il m’inspire énormément et j’apprends constamment de lui. C’est quelqu’un qui tire le meilleur de moi-même. C’est vraiment stimulant de partager des moments avec quelqu’un comme ça humainement et artistiquement. On est potes depuis longtemps. Des « partners in crime » depuis toujours !

Vous avez tout juste réalisé un projet assez particulier avec lui et Don Carlos. Tu peux m’en dire plus sur Mediterranean Key Collective ?

Don est à la fois un très bon ami et un des artistes le plus talentueux de la scène. Le projet Mediterranean Key Collective est une idée de Nico et Don qui a vu le jour en mai dernier, lorsque Don était de passage à coté de Bari pour une date. Lorsqu’ils m’ont demandé de rejoindre le projet, je ne pouvais que dire oui ! On a réalisé l’EP tous ensemble en une seule journée. Don Carlos est une sorte de mythe pour moi, jamais je n’aurais imaginé produire un disque avec lui !

Quelques mots sur les projets à suivre ?

Je bosse sur beaucoup de projets, que ce soit en solo ou avec Nico. C’est tout ce que je peux dire pour le moment, laissons les choses se concrétiser et la musique parler d’elle-même !

Rhythm of Paradise présente donc Pleasure Zone sur le label Cosmic Rhythm. Le label instaure une politique de vente exclusivement physique et à court pressage. Avis aux rapides qui voudraient se procurer les dernières sorties du label en vinyle.

Rhythm of Paradise, Cosmic Garden et le label Cosmic Rhythm alongent la durée de vie d’un style et son Italien désormais atemporel. Des artistes intensivement productifs, qui viennent accompagner le travail de mémoire et revival Dream House dépoussiéré notamment par les compilations de Young Marco, Nick V et les rééditions des disques mythiques de l’époque par des labels tels que Vibraphone et Flash Forward.